Véroniques
Par un journaliste dont je parcours généralement les articles avec délectation : Pascal Pagnoux
Il faut dire, à la décharge de la DGAC, qui s'en prend plein les moustaches depuis deux jours avec sa liste noire croupion, que le politique l'a envoyée au casse-pipe sous la pression de l'opinion avec pas grand-chose dans la musette. Les politiques évoquent fortement les toreadors, il faut dire. D'ailleurs ne parle-t-on pas d'arène politique ? Ils voient le taureau charger (en l'occurrence l'opinion en proie à la psychose du charter), ils agitent leur chiffon rouge (en l'occurrence la promesse d'une liste noire devant résoudre tous les problèmes) et quand la bestiole fonce dessus, hop ! ils placent une véronique... Ooléé ! Et le taureau l'a dans l'os. Il faut voir la tête du bestiau à ce moment-là. C'est le seul instant comique de cet exercice tragique. A l'évidence, il se dit : "Il y a quelqu'un ici qui me prend pour un imbécile". Et devant ce flagrant délit d'escroquerie, parfois, il menace de jeter l'éponge. Il fixe les spectateurs, l'air écoeuré par ce coup bas et las des turpitudes de ses contemporains. Le torero est obligé de l'appeler Aline, pour qu'il revienne et que, ayant raté sa chance au grattage, il s'emploie à la tenter au tirage. Sinon il irait facile grossir les rangs des abstentionnistes au motif qu'on lui a fait miroiter un leurre et qu'il est déçu du torérisme. Pour la liste noire, il y a de ça. Il faut dire que le concept de liste noire est absurde par essence. La preuve : celles publiées par la France et la Belgique, si elles l'avaient été l'hiver dernier, n'auraient pas changé un iota aux incidents et accidents d'avions de cet été puisque les compagnies impliquées n'y figurent pas. On ne sait en outre pas ce qui motive les proscriptions. Et puis il y a trop de considérations politiques derrière (quel pays a vendu l'avion, lequel assure la maintenance...) pour qu'on s'aventure dans le sérieux. Quand au label bleu, qui sera en quelque sorte une garantie du gouvernement, on est curieux de savoir si ce dernier engagera sa responsabilité en cas d'accident d'une compagnie labellisée ou s'il se fendra à nouveau d'une véronique : "Nous, ce qu'on en disait, c'était pour en causer. Comme quoi, même les meilleures, nani, nanère..." Faites vos jeux !
Par Kip, Mardi 6 Septembre 2005 à 16:22 GMT+2 dans Divers (jusqu'au 23/12/2005) (article, RSS)




