La Tribu des KIPEDALTOUS

Il y a dix ans: reprise des essais nucléaires, émeutes à Tahiti

Le 13 juin 1995, le président de la République fraîchement élu, Jacques Chirac, annonçait la reprise des essais nucléaires en Polynésie.

Le syndicat A Tia I Mua, décidait, début septembre, de lancer un préavis de grève générale, un mouvement qui aboutissait à l'incendie d'une partie de l'aéroport de Faa'a et à plusieurs commerces de Papeete. Aujourd'hui, certains protagonistes de l'époque reviennent sur ces heures sombres de l'histoire du pays.
Le préavis de grève "était basé sur la situation des travailleurs des sites nucléaires", selon le secrétaire général adjoint d'A Tia I Mua à l'époque, Bruno Sandras, mais il servira de toile de fond aux émeutes à venir.
"La majorité de nos militants n'avait pas accepté la reprise des essais alors que nous étions dans une phase de suspension de ceux-ci et que nous étions en train de travailler sur la reconversion de Moruroa avec une économie moins basée sur la rente nucléaire", explique-t-il.
Rapidement, les choses se compliquent pourtant en prenant "une tournure très politique".
"L'opposition de l'époque a embrayé derrière le syndicat mais aussi des ONG comme Greenpeace, ce qui a fait monter la pression petit à petit. Très rapidement le syndicat s'est retrouvé dépassé. Cela aurait dû rester une affaire purement polynésiano-polynésienne mais, dans la mesure où tous les projecteurs se sont braqués sur la Polynésie, cela a pris une tournure irrationnelle", précise Bruno Sandras.

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"A l'époque, des partenaires politiques ont profité de ce mouvement de grève"

Pour Hiro Tefaarere et Ronald Terorotua, également cadres du syndicat et qui effectueront 92 jours de prison suite aux événements, cette crise aurait servi certains intérêts.
"A l'époque, des partenaires politiques, notamment l'opposition et essentiellement le Tavini –ndlr: parti indépendantiste - ont profité de ce mouvement de grève pour prendre des initiatives qui vont déboucher sur des émeutes; émeutes dont on nous rendra responsables", explique, "soulagé", Hiro Tefaarere qui estime que "le Tavini a tiré profit" de cette situation.
Même son de cloche du côté de Ronald Terorotua, actuel secrétaire général du syndicat O Oe To Oe Rima, qui estime que lui et ses acolytes "se sont fait avoir".
"A l'époque, on n'a rien dit. J'ai pris mes responsabilités et j'ai été condamné pour cela. Aujourd'hui, ils – ndlr: certains leaders du Tavini - doivent aussi porter le chapeau car ils ne l'ont jamais fait. J'aimerais bien qu'un jour ils disent la vérité au peuple", déclare-t-il, amer.

"Si c'était à refaire, je le referais"

Quoi qu'il en soit, à part Bruno Sandras qui "regrette la manière dont les choses se sont passées", les deux autres intervenants n'ont pas changé leur point de vue.
"Si c'était à refaire, je le referais. Quant je mets tout dans une balance, je n'ai pas de regrets", souligne ainsi Hiro Tefaarere. Et celui-ci d'ajouter: "A la même époque, en France, des leaders syndicalistes ont manifesté contre Juppé. Ils ont occupé, ils ont incendié et personne n'a été condamné. Ici, on a eu affaire à une justice coloniale."
"Nous sommes avant tout partis sur des revendications salariales. S'il y a eu débordement, c'est parce qu'on a politisé les choses. A aucun moment nous avions pensé que ça se passerait comme cela. On n'avait pas l'intention d'aller casser quoi que ce soit", affirme, pour sa part, Ronald Terorotua.

"A Tia I Mua a été un vivier de cadres"

Un brin nostalgique, les deux hommes estiment par ailleurs que leur syndicat constituait, à l'époque, une sorte de "think tank" de la Polynésie.
"A Tia I Mua a été un vivier de cadres qu'aucune organisation n'avait à l'époque (…) Aujourd'hui, à l'Assemblée de Polynésie, il y a 57 élus et 7 d'entre eux ont été formés par A Tia I Mua", indique Hiro Tefaarere avant d'ajouter: "C'est nous qui avons impulsé les textes d'application du code du travail, le statut du personnel communal ou encore le statut de la fonction publique". Néanmoins, à la suite de l'emprisonnement de ses principaux responsables, Bruno Sandras s'est retrouvé "à la tête d'une organisation syndicale avec laquelle plus personne ne voulait discuter". "Nous étions pointés du doigt comme d'affreux terroristes et il a fallu reconstruire l'image de A Tia I Mua", déclare-t-il.
Pour ces divers intervenants, ces événements ont pu constituer une sorte de tournant dans la vie syndicale et politique polynésienne.
"Ca a traumatisé les leaders syndicalistes de l'époque qui n'avaient pas notre fougue. Ca en a fait aussi mûrir quelques uns", souligne Hiro Tefaarere.
"Le syndicalisme est différent aujourd'hui. Il y a une autre façon de voir les choses même si je crois que ce n'est pas la meilleure mais, lorsqu'on parle avec d'autres syndicalistes, il y a toujours cette vision de 1995. Je serais d'accord, moi, de re-bloquer comme on le faisait à l'époque mais je crois que beaucoup de chez nous ne suivraient pas", indique Ronald Terorotua. Malgré ces déboires, ces trois anciens responsables d'A Tia Mua sont désormais devenus des personnages de premier plan dans la vie polynésienne. Bruno Sandras, ancien ministre, occupe actuellement le poste de secrétaire général du Tahoeraa Huiraatiraa (opposition autonomiste). Un temps représentant à l'Assemblée, Ronald Terorotua est, aujourd'hui, le secrétaire général du syndicat O Oe To Oe Rima et Hiro Tefaarere, qui il y a encore quelques mois occupait le perchoir de l'Assemblée de Polynésie, est représentant de l'UPLD (Union pour la démocratie, d'Oscar Temaru) au sein de l'hémicycle. Ce dernier envisage d'ailleurs d'écrire un livre sur ces événements qui ont marqué l'histoire de la Polynésie. (source Tahitipresse)


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Encore faut-il préciser que M. TEFARERE, qui fait une comparaison osée avec les syndicalistes de métropole, et ses compagnons ont "attaqué" un DC10 de AOM, alors sur le tarmac, rempli de kérosène et de passagers en partance, qu'ils ont délibérément jeté des pierres dans un des moteurs (risquant ainsi de provoquer une explosion meurtrière), et qu'ils ont également sauvagement tabassé un garde mobile (bizarrement bien seul au pied de l'avion pour le protéger...). Donc 92 jours de prison bien mérités.
La photo illustre l'envahissement de la piste par les émeutiers, arrivés par l'aérogare et par le lagon et accompagnés par des cameramen de CNN (tiens, tiens !), avant d'être chassés par un débarquement (par avion militaire faute d'autre accès libre) de gardes mobiles digne d'un film de guerre.

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