Capture de chevaux sauvages aux Marquises : utile et sportif

Samedi dernier, comme ils le font une fois l'an en général, les jeunes de la vallée de Hanaiapa, sur l'île de Hiva Oa, se sont lancés en quêtes de trois juments des hauts plateaux de Vaietefana, à l'ouest de leur vallée. Aux Marquises, la capture des chevaux sauvages constitue un grand jeu sportif collectif, mais répond aussi à une double nécessité : réguler le troupeau sauvage et se fournir en force de transport pour les travaux agricoles sur les pentes escarpées.
Une trentaine de jeunes de la vallée de Hanaiapa se sont donné rendez-vous, dès les premières lueurs du jour, au quai du village. Deux petites embarcations effectuent alors plusieurs rotations pour déposer les chasseurs derrière la pointe Matatepai à un quart d’heure de navigation vers l’ouest. Malgré une soirée bien arrosée - on fêtait la veille la fermeture du rare, les fêtes de juillet – Tout le monde est en grande forme et très mobilisé pour participer à cette "chasse" sportive.
La fin d'un vieux bouc
elle surprend, à son arrivée dans la crique, un vieux bouc encore endormi dans une cavité rocheuse du littoral. Réveillé en sursaut, l’animal tente de prendre la fuite par les rochers mais, encerclé par une demi-douzaine de jeunes chasseurs il se ravisera vite. Désespéré, il se jette dans les flots en direction de la plage de galets. Malheureusement pour lui, le bouc n’est pas aussi rapide nageur qu’il est grimpeur et sera vite rattrapé par un des chasseurs qui le ramènera sur la côte pour l’attacher par une corne à un arbre. En effet, la journée sera longue et le vieux bouc ne sera tué et dépecé que quelques minutes avant le retour afin que la viande ne tourne pas.
Après une demi-heure de montée pour atteindre le plateau, les hommes se mettent en place. Quatre d’entre eux, parmi les plus âgés, auront la charge de la capture-même tandis que le reste du groupe sera en charge du rabattage. Pendant que chacun se positionne sur les crêtes et ferme les passages de fuite des chevaux, des cordes terminées par un nœud coulant sont accrochées au bout de perches.
Première capture
Au loin, les premiers cris résonnent. Les rabatteurs ramènent les troupeaux vers un alignement d’arbustes où ont pris place les hommes aux lassos. Surtout, ne pas laisser d’échappatoire à l’étalon qui conduit chaque troupeau. Pour cela, chaque rabatteur n’hésite pas à se faire repérer à force de voix et de gesticulation. Deux groupes de chevaux s’avancent. Cependant, le troupeau le moins nombreux, sept têtes, arrive à trouver la faille et s’échappe à une centaine de mètres du piège. Les insultes en marquisien fusent : tant contre les chevaux que contre les hommes…
Il reste cependant une quinzaine de chevaux qui s’engouffrent dans l’étroit passage où attendent silencieusement les chasseurs. Là encore, la chance n’est pas au rendez-vous : au lieu de passer sous les arbres en front dispersé, comme les attendent les hommes, les animaux restent en file indienne. Un seul lasso glisse et se serre le long du cou d’une jument qui est violemment stoppée par la corde attachée au tronc d’arbre, laissant cependant la voie libre à ses congénères qui la suivent.
Tandis que la jument entravée se débat, les hommes se rapprochent et attendent le moment où, asphyxiée, la bête se couche. Dès lors, dans un joyeux tumulte, les chasseurs se jettent, l’un à la tête, l’autre à la croupe, et les derniers aux pattes, pour maintenir la bête au sol. Un licol est rapidement installé et la corde y est alors fixée. Le signal de lâcher est lancé. Chacun s’écarte très vite pour ne pas recevoir un coup de sabot de l’animal qui se relève furieusement. Il vient de perdre sa liberté et mettra plusieurs heures à l’accepter, tentant à plusieurs reprises de s’échapper en tirant violemment sur la corde.
La jument blanche protégée par un tabu
Deux juments doivent encore être attrapées. Mais il faut redéfinir la stratégie. En effet, les chevaux mémorisent le danger et refusent de s’orienter de nouveau vers les pièges. Ceux-ci sont replacés alors en amont sur le plateau. Au jeu du chat et de la souris, les chevaux sortiront plus d’une fois vainqueurs d’une situation qui leur semblait fatale. Sans compter qu’une jument blanche et son poulain de même couleur jouent les troubles fêtes. Un "tabu" (interdiction) les protège : pas questions de capturer les chevaux blancs, gage de fertilité du troupeau selon une ancienne croyance de Hanaiapa.
Après plusieurs heures d’efforts sous un soleil de plomb, hommes et chevaux ont soif. Cependant, les premiers feront tout pour que ces derniers ne s’abreuvent pas et se fatiguent plus vite. La stratégie est payante et la dernière jument est capturée en milieu d’après-midi.
Le retour est long, lui aussi. Les chevaux, qui découvrent la captivité, sont nerveux et tentent d’échapper régulièrement au contrôle des hommes. Une des plus jeunes juments est aussi une des plus nerveuses. A cinquante mètres de la plage, à la pointe d’un rocher surplombant une descente abrupte de gros cailloux, elle effectue une énième ruade. La chute qui suit est fatale. L’animal est tué sur le coup, le coup brisé sous son propre poids dévalant les rochers…
La viande est chère au Marquises
Si les villageois de Hanaiapa ne chassent pas le cheval pour la consommation de sa chair, il n’est pas pour autant question de laisser la dépouille de la jument aux cochons sauvages et aux rats, surtout lorsque la viande coûte cher. Le malheureux animal est dépecé par plusieurs gaillards expérimentés, avant que sa chair ne soit partagée entre tous les participants.
Souvent, les chevaux sauvages sont ramenés au village à la suite d’une longue marche derrière d’autres chevaux domestiqués. La voie maritime a été préférée ce jour là. Elle permet de gagner de très nombreuses heures pour le retour. Le nombre important de chasseurs donne la possibilité de porter les juments à bords des deux embarcations. Préalablement, elles sont liées aux pattes et à la tête afin qu’aucun mouvement, qui pourrait conduire à la blessure, ne soit possible. Dans un formidable élan collectif, l’animal est brandi au-dessus du franc-bord du bateau et déposé à fond de cale. Un quart d’heure plus tard, il sera délivré de ses liens sur la plage de sable de Hanaiapa.
Une nouvelle vie commence pour les juments capturées… tandis qu’une nouvelle soirée bien arrosée compensera la journée assoiffante des chasseurs.
(source Tahitipresse)
Par Kip, Jeudi 18 Aout 2005 à 08:09 GMT+2 dans Divers (jusqu'au 23/12/2005) (article, RSS)




